jeudi 13 juillet 2017

Machiavel, biographie

Nicolas Machiavel est né le 3 mai 1469 à Florence. C’est une république gouvernée par des princes, notamment la famille Médicis, de richissimes banquiers. À la mort de Pierre de Médicis (1416-1469) le 2 décembre 1469, son fils Laurent (1449-1492), dit le Magnifique, lui succède. La famille de Machiavel vit modestement de la rente foncière. Son père, Bernardo Machiavel (entre 1426 et 1429-1500), est docteur en droit. Il se constitue une bibliothèque en payant de sa personne. Par contre, le jeune Machiavel n’acquiert pas la culture humaniste réservée à l’élite. Il n’apprendra pas le grec, mais seulement le latin.
Le 9 avril 1492 Laurent de Médicis meurt. Son fils, Pierre l’infortuné (1472-1503) lui succède.
À partir de 1494, l’Italie, c’est-à-dire une myriade d’États civiques, est en guerre. Les grands États monarchiques, France, Espagne, fondent sur elle. Florence est conquise par les Français. Le moine dominicain Savonarole (1452-1498), que Laurent de Médicis avait accueilli, y prend le pouvoir en s’entendant avec le roi de France Charles VIII (1470-1483-1498). Tout en menant une politique théocratique, il restaure le rôle du Grand conseil, ce qui revient à restaurer la république.
Machiavel lit le De natura rerum de Lucrèce (94-54 av. J.-C.), peut-être vers 1497. Dans cet ouvrage, il trouve une conception purement matérialiste de l’univers qui exclut l’idée d’un Dieu créateur. Le livre était considéré comme incitant à l’athéisme. Savonarole fait brûler tout ce qu’il juge contraire au christianisme, notamment des œuvres d’art lors des bûchers des vanités. Sandro Botticelli (1445-1510) aurait amené lui-même certaines de ses œuvres au bûcher.
Le 23 mai 1498, Savonarole est pendu et brûlé après son procès pour hérésie. Ses cendres sont dispersées dans l’Arno. Le 19 juin, Machiavel devient premier secrétaire de la seconde chancellerie, fonction que lui donne le Grand conseil. Sa tâche consiste à entretenir une correspondance avec tous les alliés de Florence. Entourés d’une équipe de jeunes gens, il va travailler pour la république jusqu’en 1512. Parmi les membres de son équipe se trouve Agostino Vespucci ( ?- ?), le frère d’Amerigo Vespucci (1454-1512) qui donnera son nom à l’Amérique (Patrick Boucheron, Un été avec Machiavel, p.38).
En 1500, Machiavel est en mission auprès du roi Louis XII (1462-1498-1515). Il est particulièrement maltraité par les ministres du puissant roi de France.
À l’été 1501, il épouse Marietta Corsini ( ?-1563) qui lui donnera quatre garçons et deux filles tout en supportant ses infidélités.
En 1502 ou plus tard, il rencontre Léonard de Vinci (1452-1519).
En 1504, Machiavel est à nouveau en mission auprès du roi Louis XII.
En 1509, Machiavel lève une milice civique selon le principe qu’il énoncera que : les meilleures armées qui soient sont celles des populations armées. »
En 1510, Machiavel est à nouveau en mission auprès du roi Louis XII.
En 1511, Machiavel est en mission pour la dernière fois auprès du roi Louis XII.
Le retour des Médicis en 1512, aidés par le roi de France Louis XII, signe sa disgrâce. Il se retrouve sur une liste comme complice de ceux qui se sont opposés aux Médicis. Il est arrêté, torturé.
Le 11 mars 1513, le jeune cardinal Jean de Médicis (1475-1521) est élu pape ; il prend le nom de Léon X. Une certaine clémence règne à Florence et Machiavel échappe à l’exécution à laquelle il était promis. Banni, il s’occupe de ses terres et lit de la poésie : Dante (1265-1321) ou Boccace (1313-1375). Il commence le Discours sur la première décade de Tite-Live (posthume). Il s’interrompt pour écrire Le Prince (posthume 1532). Il écrit à propos de cet ouvrage :
« Si on me lisait, on verrait que pendant les quinze ans où j’ai fait mon apprentissage dans le métier de l’État, je n’ai ni dormi ni joué. » (cité par Patrick Boucheron, Un été avec Machiavel, éditions les équateurs, France Inter, 2017, p.7).
Le texte est dédié à Laurent de Médicis, le jeune (1492-1519), à qui le pape Léon X a confié le pouvoir à Florence à l’été 1513. Pour saisir l’intention de l’ouvrage, on peut citer le début du chapitre 15 :
« Il reste à examiner comment un prince doit en user et se conduire, soit envers ses sujets, soit envers ses amis. Tant d’écrivains en ont parlé, que peut-être on me taxera de présomption si j’en parle encore ; d’autant plus qu’en traitant cette matière je vais m’écarter de la route commune. Mais, dans le dessein que j’ai d’écrire des choses utiles pour celui qui me lira, il m’a paru qu’il valait mieux m’arrêter à la réalité des choses que de me livrer à de vaines spéculations.
Bien des gens ont imaginé des républiques et des principautés telles qu’on n’en a jamais vu ni connu. Mais à quoi servent ces imaginations ? Il y a si loin de la manière dont on vit à celle dont on devrait vivre, qu’en n’étudiant que cette dernière on apprend plutôt à se ruiner qu’à se conserver ; et celui qui veut en tout et partout se montrer homme de bien ne peut manquer de périr au milieu de tant de méchants. »
Malgré l’écriture du Prince, Machiavel ne rentre pas en grâce. C’est le pape qui s’y oppose comme on le sait par une lettre qu’il adresse en ce sens à Julien de Médicis (1479-1516), le frère de Pierre l’infortuné.
En 1515, Machiavel connaît une passion amoureuse. Les 13 et 14 septembre, le jeune roi François 1er (1494-1515-1547) remporte la bataille de Marignan avec ses alliés vénitiens contre les milanais.
Il écrit une comédie, La mandragore, en 1518. Le thème en est la séduction de Lucrezia, la jeune épouse du vieux Nicia par un séducteur, Callimaque, qui est aidé par un conseiller rusé, Ligurio et un confesseur hypocrite, Timoteo.
Le 4 mai 1519 Laurent de Médicis le jeune meurt. C’est Jules de Médicis (1478-1534), cardinal et futur pape Clément VII, qui obtient le pouvoir avec l’aval du pape Léon X.
Sa comédie, La mandragore, est jouée à Florence en 1520. Le cardinal Jules de Médicis lui fait commander par l’académie florentine une Histoire de Florence qu’il commence en 1520 et achèvera en 1524. C’est un chef d’œuvre de duplicité en ce sens que Machiavel ne fait pas l’éloge des Médicis ni ne les blâme – car comment s’attaquer à son commanditaire – mais manifeste la conflictualité dans cette histoire. Machiavel peut rentrer à Florence. Il est désormais au service des Médicis.
Il publie son dialogue sur L’art de la guerre en 1521. Le premier décembre Léon X meurt.
Le 15 janvier 1522, le successeur de Léon X est élu : il s’agit du cardinal néerlandais Adriaan Florszoon (1459-1523) qui prend le nom d’Adrien VI.
Sa comédie La mandragore a un grand succès à Venise en 1522.
Le 14 septembre 1523, le pape Adrien VI meurt. Le 19 novembre, Jules de Médicis devient pape sous le nom de Clément VII.
Le 24 février 1525, Charles Quint (1500-1519-1558), prince de la maison des Habsbourg, héritier de la principauté de Bourgogne et du royaume de Naples, roi d’Espagne et empereur du Saint empire romain germanique bat à Pavie le roi de France, François 1er, qui est fait prisonnier.
Le 6 mai, les troupes impériales prennent Rome et la soumettent aux massacres et aux pillages. La nouvelle arrive à Florence le 12. Un soulèvement populaire conduit au rétablissement de la République. Machiavel meurt le 21 juin 1527. Il est inhumé le 22

En août 1531, le pape Clément VII accorde à l’éditeur Antonio Blado (1490-1567) le privilège d’imprimer l’œuvre de Machiavel.
En 1532 sont publiés El Principe (Le prince) dont le titre choisi par Machiavel était De Principatibus (Des principautés), le Discours sur la première décade de Tite-Live et l’Histoire de Florence.
En 1559, Machiavel est mis à l’Index, c’est-à-dire que l’église catholique interdit à tout bon catholique de lire son œuvre sous peine de péché mortel.
En 1576, Innocent Gentillet (1535-1588), avocat et théologien protestant, écrit un Discours sur les moyens de bien gouverner et maintenir en bonne paix un royaume ou autre principauté, divisé en trois parties, à savoir, du Conseil, de la Religion et de la Police que doit tenir un Prince. Contre Nicolas Machiavel, connu sous le nom d’Anti-Machiavel.
Le jésuite Giovani Botero (1544-1617) écrit De la raison d’État (Della ragion di stato) en 1589, puis en donne une version définitive en 1598. Il s’y oppose à Machiavel. C’est lui le véritable concepteur de cette notion qui signifie que l’État n’a pas d’autre fin de se conserver.
En 1787, une souscription publique permet de graver sur son sarcophage l’épitaphe suivante : « Aucun éloge n’est digne d’un si grand nom. »




mardi 4 juillet 2017

Epicure biographie

Épicure est né à Samos en 341 av. J.-C.. Ses parents étaient des clérouques athéniens, c’est-à-dire des citoyens athéniens qui étaient des colons dans les cités alliées ou plutôt sujettes depuis la constitution de la ligue de Délos à partir de 478 av. J.-C.
À partir de 325, Épicure suit les cours du philosophe démocritéen, Nausiphane (Cf. Diogène Laërce, X, 13 et 14 ; G. Droz-Vincent, « L’épicurisme antique » in Les études philosophiques, juillet-septembre 1993, p. 400).
À partir de 323, Épicure vient à Athènes pour son éphébie. Il suit à l’Académie les cours de Xénocrate (~396-~314 av. J.-C.), le troisième scolarque (cf. Diogène Laërce, X, 13 et G. Droz-Vincent, op. cit, p. 392).
En 321, il cesse de suivre les cours de Xénocrate. Il quitte Athènes pour Colophon, peut-être à cause de l’hostilité des maîtres macédoniens d’Athènes. Il enseigne à Mytilène. Il s’y oppose à l’aristotélicien Praxiphane (fin IV°-début III° av. J.-C.).
En 306 il revient à Athènes où il fonde son école, le Jardin, du nom d’un lieu qu’il acheta pour quatre-vingts mines. Règne alors Démétrios 1er Poliorcète (336-283 av. J.-C).
Il meurt en 270 av. J.-C. Son testament organise la vie de l’école sous la direction d’Hermarque (IV°-III° av. J.-C.).

Son œuvre directe conservée se résume d’abord à trois lettres qui sont des résumés de sa pensée. La Lettre à Hérodote sur la nature, la Lettre à Pythoclès sur les météores et la Lettre à Ménécée sur l’éthique (ou morale). On possède également quarante Maximes capitales et quatre-vingt-huit Sentences Vaticanes découvertes en 1888.



mardi 13 juin 2017

Servitude et soumission - résumé d'un texte de Merleau-Ponty sur Machiavel



Il[1] a été́, assurément, tenté par le cynisme : il a eu, dit-il, « bien de la peine à se défendre » contre l’opinion de ceux qui croient que le monde est « gouverné par le hasard ». Or si l’humanité́ est un hasard, on ne voit pas d’abord ce qui soutiendrait la vie collective, sinon la pure contrainte du pouvoir politique. Tout le rôle d’un gouvernement est donc de tenir en respect ses sujets. Tout l’art de gouverner se ramène à l’art de la guerre et « les bonnes troupes font les bonnes lois ». Entre le pouvoir et ses sujets, entre le moi et l’autre, il n’y a pas de terrain où cesse la rivalité́. Il faut ou subir la contrainte ou l’exercer. À chaque instant Machiavel parle d’oppression et d’agression. La vie collective est l’enfer.
Mais il a ceci d’original, ayant posé le principe de la lutte, qu’il passe au-delà̀ sans jamais l’oublier. Dans la lutte même il trouve autre chose que l’antagonisme. (…) C’est dans le même moment où je vais avoir peur que je fais peur, c’est la même agression que j’écarte de moi et que je renvoie sur autrui, c’est la même terreur qui me menace et que je répands, je vis ma crainte dans celle que j’inspire. Mais par un choc en retour la douleur dont je suis cause me déchire en même temps que ma victime, et la cruauté́ donc n’est pas une solution, elle est toujours à recommencer. Il y a un circuit du moi et d’autrui, une Communion des Saints[2] noire, le mal que je fais, je me le fais, et c’est aussi bien contre moi-même que je lutte en luttant contre autrui. Après tout, un visage n’est qu’ombres, lumières et couleurs, et voilà̀ que, parce que ce visage a grimacé d’une certaine façon, le bourreau éprouve mystérieusement une détente, une autre angoisse a relayé la sienne. Une phrase n’est jamais qu’un énoncé́, un assemblage de significations qui ne sauraient valoir en principe la saveur unique que chacun a pour soi-même. Et pourtant, quand la victime s’avoue vaincue, l’homme cruel sent battre à travers ces mots une autre vie, il se trouve devant un autre lui-même. Nous sommes loin des relations de pure force qui existent entre les objets. Pour employer les mots de Machiavel, nous sommes passés des « bêtes » à « l’homme ».
Plus exactement, nous sommes passés d’une manière de combattre à une autre, du « combat avec la force » au « combat avec les lois ». Le combat humain est différent du combat animal, mais c’est un combat. Le pouvoir n’est pas force nue, mais pas davantage honnête délégation des volontés individuelles, comme si elles pouvaient annuler leur différence. Qu’il soit héréditaire ou nouveau, il est toujours décrit dans Le Prince comme contestable et menacé. L’un des devoirs du prince est de résoudre les questions avant qu’elles soient devenues insolubles par l’émotion des sujets. On dirait qu’il s’agit d’éviter le réveil des citoyens. Il n’y a pas de pouvoir absolument fondé, il n’y a qu’une cristallisation de l’opinion. Elle tolère, elle tient pour acquis le pouvoir. Le problème est d’éviter que cet accord se décompose, ce qui peut se faire en peu de temps, quels que soient les moyens de contrainte, passé un certain point de crise. Le pouvoir est de l’ordre du tacite. Les hommes se laissent vivre dans l’horizon de l’État et de la Loi tant que l’injustice ne leur rend pas conscience de ce qu’ils ont d’injustifiable. Le pouvoir qu’on appelle légitime est celui qui réussit à éviter le mépris et la haine. (…) Peu importe que le pouvoir soit blâmé́ dans un cas particulier : il s’établit dans l’intervalle qui sépare la critique du désaveu, la discussion du discrédit. Les relations du sujet et du pouvoir, comme celles du moi et d’autrui, se nouent plus profond que le jugement, elles survivent à la contestation, tant qu’il ne s’agit pas de la contestation radicale du mépris.
Ni pur fait, ni droit absolu, le pouvoir ne contraint pas, ne persuade pas : il circonvient, - et l’on circonvient mieux en faisant appel à la liberté qu’en terrorisant. Machiavel formule avec précision cette alternance de tension et de détente, de répression et de légalité́ dont les régimes autoritaires ont le secret, mais qui, sous une forme doucereuse, fait l’essence de toute diplomatie.
Maurice Merleau-Ponty, « Note sur Machiavel » in Signes (1960).


Idées principales.
1. Machiavel a été tenté de penser que le monde humain régi par le hasard impliquait que le pouvoir politique soit pur rapport de forces pour que la vie collective soit possible.
2. Machiavel a aussi pensé contre ce premier point de vue que dans le rapport de forces lui-même, se jouait autre chose, à savoir une relation à autrui qui implique que le dominant vive les affres du dominé, ce qui rend la lutte insuffisante.
3. Il décrit le combat qui institue le pouvoir comme alliant force et loi.
4. Le pouvoir n’est donc jamais fondé. Il tient sa légitimité de ne pas être contesté au point d’être détruit.
5. Machiavel en déduit que le pouvoir ruse en s’appuyant plutôt sur la liberté et en alliant coercition et liberté.

Proposition de résumé.
Machiavel fut séduit par l’attitude voyant des hommes conduit par le hasard. D’où une société régie par un (20) pouvoir fondamentalement coercitif.
Cependant, il remarque que dans ce combat, il y a autre chose que l’opposition : le dominant (40) reçoit en retour ce qu’il inflige, il se combat, il se découvre dans l’autre, humilié. La lutte ne (60) suffit pas. Ce combat humain allie donc force et légalité. Il montre que le pouvoir est relativement légitime s’il (80) réussit à ne pas se faire contester radicalement.
Machiavel en infère que le pouvoir s’exerce en rusant, jouant sur (100) la contrainte et la liberté.
105 mots






[1] Machiavel (1469-1527), homme politique de Florence, il a écrit notamment Le Prince et le Discours sur la première décade de Tite-Live qui ont été publiés à titre posthume.
[2] La Communion des Saints est un des articles du Credo de l’Église catholique : elle désigne la communion aux choses saintes d’une part et d’autre part aux personnes saintes, c’est-à-dire les chrétiens en tant qu’ils sont sanctifiés, vivants ou morts.