jeudi 27 juillet 2017

Descartes, biographie

René Descartes est né le 31 mars 1596 à La Haye (devenue La Haye-Descartes en 1802, puis Descartes en 1967), près de Tours. Son père, Joachim Descartes (1563-1640), juriste, est conseiller du roi au Parlement de Bretagne. Il appartient à la noblesse de robe. Sa mère, Jeanne Brochard (1566-1597) appartient au même milieu.
Le 13 mai 1597, sa mère meurt. Elle avait mis au monde avant lui Jeanne (1590 ?-1640) et Pierre (1591-1660).
En 1600, son père se remarie et s’établit en Bretagne. Descartes est élevé par sa grand-mère jusqu’à l’âge de 10 ans.
En 1607, il est admis au collège des jésuites de La Flèche qui a été fondé en 1604 par Henri IV (1553-1589-1610). Comme il est de santé fragile, il a droit à un régime particulier qui sera le sien toute sa vie. Il reste au lit toute la matinée pour lire et réfléchir.
En mars 1610 Galilée (1564-1642) publie ses découvertes astronomiques effectuées grâce à la lunette qu’il a perfectionnée en 1609, à savoir que Jupiter possède quatre satellites, que la voie lactée est en réalité composée d’étoiles et que la lune possède des montagnes, des lacs et … une atmosphère dans un ouvrage intitulé Sidereus Nuncius (Le messager des étoiles ou Le messager céleste). Le 14 mai, Henri IV est assassiné par Ravaillac. Ce dernier est exécuté le 27 mai. Le cœur du roi est transféré au collège de la Flèche.
En 1611 on fête au collège de La Flèche les découvertes de Galilée.
En 1615, il quitte le collège.
En 1616 il obtient son baccalauréat et sa licence en droit à Poitiers.
En 1618, il s’engage dans l’armée du protestant Maurice de Nassau (1567-1625), stathouder de Hollande. Le 10 novembre, il rencontre à Breda Isaac Beeckman (1588-1637), un savant hollandais qui cherche à mathématiser la physique. Il fait découvrir à Descartes le mécanisme. Le 31 décembre, Descartes offre à Beeckman le Compendium Musicæ (Abrégé de Musique).
En 1619 il part pour l’Allemagne. Il assiste au couronnement de l’empereur Ferdinand II (1578-1637) à Francfort le 9 septembre. Il a l’idée de refonder le savoir qui lui serait venu dans la nuit du 10 au 11 mai, à travers trois songes recueillis dans les Olympica qui ne sont connus que par la traduction d’Adrien Baillet (1649-1706) dans la Vie de Monsieur Descartes (1691).
De 1620 à 1625, il voyage en France et en Italie. Les textes qu’il écrit sont inconnus.
À partir de 1625, il séjourne à Paris où il fréquente le révérend père Marin Mersenne (1588-1648), savant en liaison avec toute l’Europe savante, le père Guillaume Gibieuf (1583-1650), Claude Mydorge (1585-1647) qui travaille sur l’optique, l’écrivain libertin Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654).
En novembre 1627, Descartes assiste à une conférence de Nicolas Villiers[1], sieur de Chandoux (un alchimiste qui sera pendu pour avoir fabriqué de la fausse monnaie en 1631) chez le nonce du pape, le cardinal Giovanni Francesco Guidi di Bagno (1578-1641), à laquelle assiste Mersenne. Chandoux prétendait remplacer la philosophie scolastique par une autre philosophie. Descartes réfuta ce dernier tout en critiquant la scolastique. Il est encouragé par le cardinal Pierre de Bérulle (1575-1529).
Où placer ses Règles pour la direction de l’esprit, ouvrage inachevé qui ne sera publié qu’après sa mort ? Il s’agit de la première mise en œuvre approfondie de son projet de réforme total du savoir du point de vue de la méthode.
Pendant l’hiver 1628/1629, il se retire à Franeker en Frise (Pays-Bas) où il travaille à sa métaphysique dont l’état nous est inconnu.
À l’automne 1629, il s’installe à Amsterdam. Il dira dans une lettre à Guez de Balzac datée du 5 mai 1631 qu’on y est plus seul que dans un couvent. Il commence à y rédiger sa « Physique », à savoir le Traité du monde (posthume 1664) et le Traité de l’homme (posthume 1664).
En 1630, il rencontre le mathématicien Jacob van Gool (ou Golius) (1596-1667). Ce savant arabisant, parlant également turc et persan, avait ramené plus de 200 manuscrits de ses séjours dans le monde musulman. Il succéda à Willebrord Snell (1580-1626) à la chaire de mathématiques de l’université de Leyde et occupa également une chaire d’arabe. Lui a-t-il montré les travaux de Snell sur la réfraction ou lui a-t-il communiqué des traductions de manuscrits arabes ? Il propose le problème de Pappus (IV° ap. J.-C.) à Descartes. Ce problème peut se formuler de la façon suivant : il s’agit de la recherche du lieu géométrique d’un point C tel que : soit le produit des distances de C à deux d’entre elles soit égal au produit des distances de C aux deux autres droites ; soit le produit des distances de C à deux d’entre elles soit égal au carré du produit des distances de C à la troisième droite.
Dans l’hiver 1631/1632, Descartes trouve la solution du problème de Pappus.
En février 1632, Galilée publie, en italien, ses Dialogues sur les deux plus grands systèmes du monde. Le pape Urbain VIII (1568-1623-1644) l’avait autorisé à publier un ouvrage où les deux hypothèses astronomiques concurrentes, l’hypothèse géocentrique d’Aristote (384-322 av. J.-C.) et Claude Ptolémée (100-168) et l’hypothèse héliocentrique que Copernic (1473-1543)  en 1543 avait remise au goût du jour (Aristarque de Samos l’avait soutenu au IIIème siècle av. J.-C.). Salviati, qui défend l’hypothèse de Copernic, convainc facilement Sagredo, un vénitien sans préjugé alors que Simplicio, qui soutient l’hypothèse géocentrique, est aussi ridicule que son nom.
De février 1633 au 21 juin, Galilée comparaît devant le Saint Office de l’inquisition. Le 22 juin, il abjure la croyance fausse (aux yeux de l’Église) des mouvements de la Terre autour d’elle-même et autour du Soleil. Apprenant la nouvelle, Descartes renonce à publier le Traité du monde et le Traité de l’homme comme il l’expliquera publiquement au début de la VI° partie du Discours de la méthode.
Le 19 juillet 1635 naît sa fille Francine. Sa mère, Helena Jans van der Strom ( ?-1683) est une servante du libraire Thomas Sergeant (1585- ?) chez qui Descartes résidait[2].
En 1636, Descartes s’installe à Leyde. Il y achève le Discours de la méthode et les Essais, Dioptrique, Météores et Géométrie.
En juin 1637, il publie de façon anonyme le Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences plus la Dioptrique, les Météores et la Géométrie qui sont des essais de cette méthode. Le 5 octobre, il envoie au père du physicien néerlandais Christian Huygens (1629-1695), Constantin Huygens (1596-1687), son Explication des engins par l’aide desquels on peut, avec une petite force, lever un fardeau fort pesant.
À partir de 1639, Descartes s’attelle à la rédaction des Méditations métaphysiques.
En octobre 1640, son père meurt. Le 18 novembre, Mersenne qui a reçu le manuscrit des Méditations métaphysiques, recueille les objections de divers philosophes et théologiens.
En mars 1641, Descartes s’installe à Endegeest près de Leyde. En août, paraît la première édition des Méditations métaphysiques sous le titre Renati Descartes Meditationes de prima philosophia in qua Dei existentia et anima immortalitas demonstratur avec six séries d’objections et les réponses de l’auteur. Les premières sont du théologien néerlandais Johan Caterus (1590-1657), les secondes de Mersenne, les troisièmes du philosophe anglais Thomas Hobbes (1588-1679), les quatrièmes du théologien janséniste Antoine Arnauld (1612-1694), les cinquièmes du théologien et philosophe épicurien Pierre Gassendi (1592-1655) et les sixièmes d’un ensemble de théologiens et philosophes. Le 7 septembre, sa fille Francine meurt.
En 1642, Descartes soutient Regius (Hendrik De Roy, nom latinisé en Henricus Regius, 1598-1679), professeur de médecine, contre le théologien réformé Voetius (Gijsbert Voet, dit Gisbertus Voetius, 1589-1676), recteur de l’Université d’Utrecht qui l’accusait d’athéisme à cause de son cartésianisme. Le 15 mars, les magistrats d’Utrecht condamnent la philosophie cartésienne. C’est ce qu’on appelle la « querelle d’Utrecht ». En mai paraît la deuxième édition des Méditations métaphysiques. Son titre est Renati Descartes Meditationes de prima philosophia in quibus Dei existentia et animæ humanæ a corpore distinctio demonstratur. Elle est augmentée d’une septième série d’objections et réponses et d’une lettre au père Dinet sur la polémique avec Voetius.
En avril 1643, Descartes quitte Endegeest, près de Leyde. Il séjourne à Egmond. La querelle d’Utrecht se poursuit. Marten Schoock (1614-1669), partisan de Voetius, publie l’Admiranda methodus novæ philosophiæ Renati Des Cartes. Dans ce pamphlet, il attaque Descartes jusque dans sa vie privée. En réalité, il dira ultérieurement que Voetius est l’auteur de l’essentiel de l’ouvrage. Le 16 mai la princesse Elisabeth de Bohème (1618-1880), réformée, envoie une première lettre à Descartes qui pose notamment le problème de l’union de l’âme et du corps et qui ouvre une longue correspondance.
Le 4 mai 1644, Descartes est témoin au mariage d’Helena Jans van der Strom. Descartes revient en France. Paraît l’édition latine des Principes de la philosophie (Principia philosophiæ) à Amsterdam ainsi que la traduction latine par le pasteur protestant Etienne de Courcelles (1586-1659), revue et corrigée par Descartes du Discours de la méthode, de la Dioptrique et des Météores.
En 1645, Descartes revient à Egmond aux Pays-Bas. Sa correspondance avec Elisabeth le conduit à entreprendre un traité sur les passions.
En 1646, Regius publie un De l’Homme (De Homine) et les Fondements de la physique (Fundamenta physices) qui critiquent Descartes sur la question de l’union de l’âme et du corps et sur celle des preuves de l’existence de Dieu.
En 1647 paraît la traduction française des Méditations métaphysiques traduites par Louis-Charles d’Albert duc de Luynes (1620-1690) et les objections et réponses traduites par Claude Clerselier (1614-1684) ainsi que la traduction par l’abbé Claude Picot (1614-1668) des Principes de la philosophie. Il commence la Description du corps humain qui restera inachevée. Il réplique à son ancien disciple, Regius dans les Notæ in programma quoddam (Notes sur un certain manifeste) ou Remarques sur l’explication de l’esprit humain.
En 1648, il écrit une Lettre apologétique aux magistrats d’Utrecht. Regius répond à Descartes avec sa Brève explication de l’esprit humain (Brevis explication mentis humanæ). Le 1er septembre, Marin Mersenne meurt. Le 16 avril a lieu l’entretien avec Frans Burman, un étudiant en théologie néerlandais.
En septembre 1649, Descartes se rend à Stockholm, en Suède, à l’invitation de la reine Christine de Suède. En novembre, le Traité des Passions de l’âme est publié à Paris ainsi que la traduction latine de la Géométrie par le mathématicien néerlandais Frans van Schooten (1615-1660) à Leyde.
Le 11 février 1650, Descartes meurt à Stockholm d’une pneumonie.





[1] Cf. Bernard Joly, « Compte rendu de Nicolas de Villiers, sieur de Chandoux, Lettres sur l’or potable, suivies du traité De la connaissance des vrais principes de la nature et des mélanges et de fragments d’un Commentaire sur l’Amphithéâtre de la sapience éternelle de Khunrath », Methodos [En ligne], 14 | 2014, mis en ligne le 05 mai 2014. URL : http://methodos.revues.org/4024
[2] cf. Bulletin cartésien XXXI, III. « Quelques données nouvelles sur Helena Jans », par Jeroen van de Ven.

lundi 24 juillet 2017

Descartes contre les cyniques

Art. 204. De la gloire.
Ce que j’appelle ici du nom de gloire est une espèce de joie fondée sur l’amour qu’on a pour soi-même, et qui vient de l’opinion ou de l’espérance qu’on a d’être loué par quelques autres. Ainsi elle est différente de la satisfaction intérieure qui vient de l’opinion qu’on a d’avoir fait quelque bonne action. Car on est quelquefois loué pour des choses qu’on ne croit point être bonnes, et blâmé́ pour celles qu’on croit être meilleures. Mais elles sont l’une et l’autre des espèces de l’estime qu’on fait de soi-même, aussi bien que des espèces de joie. Car c’est un sujet pour s’estimer que de voir qu’on est estimé par les autres.
Art. 205. De la honte.
La honte, au contraire, est une espèce de tristesse fondée aussi sur l’amour de soi-même, et qui vient de l’opinion ou de la crainte qu’on a d’être blâmé́. Elle est, outre cela, une espèce de modestie ou d’humilité́ et défiance de soi-même. Car, lorsqu’on s’estime si fort qu’on ne se peut imaginer d’être méprisé́ par personne, on ne peut pas aisément être honteux.
Art. 206. De l’usage de ces deux passions.
Or la gloire et la honte ont même usage en ce qu’elles (483) nous incitent à la vertu, l’une par l’espérance, l’autre par la crainte. Il est seulement besoin d’instruire son jugement touchant ce qui est véritablement digne de blâme ou de louange, afin de n’être pas honteux de bien faire, et ne tirer point de vanité́ de ses vices, ainsi qu’il arrive à plusieurs. Mais il n’est pas bon de se dépouiller entièrement de ces passions, ainsi que faisaient autrefois les cyniques. Car, encore que le peuple juge très mal, toutefois, à cause que nous ne pouvons vivre sans lui, et qu’il nous importe d’en être estimés, nous devons souvent suivre ses opinions plutôt que les nôtres, touchant l’extérieur de nos actions.
Descartes, Les passions de l’âme (1649), AT, XI, 482-483.


jeudi 13 juillet 2017

Machiavel, biographie

Nicolas Machiavel est né le 3 mai 1469 à Florence. C’est une république gouvernée par des princes, notamment la famille Médicis, de richissimes banquiers. À la mort de Pierre de Médicis (1416-1469) le 2 décembre 1469, son fils Laurent (1449-1492), dit le Magnifique, lui succède. La famille de Machiavel vit modestement de la rente foncière. Son père, Bernardo Machiavel (entre 1426 et 1429-1500), est docteur en droit. Il se constitue une bibliothèque en payant de sa personne. Par contre, le jeune Machiavel n’acquiert pas la culture humaniste réservée à l’élite. Il n’apprendra pas le grec, mais seulement le latin.
Le 9 avril 1492 Laurent de Médicis meurt. Son fils, Pierre l’infortuné (1472-1503) lui succède.
À partir de 1494, l’Italie, c’est-à-dire une myriade d’États civiques, est en guerre. Les grands États monarchiques, France, Espagne, fondent sur elle. Florence est conquise par les Français. Le moine dominicain Savonarole (1452-1498), que Laurent de Médicis avait accueilli, y prend le pouvoir en s’entendant avec le roi de France Charles VIII (1470-1483-1498). Tout en menant une politique théocratique, il restaure le rôle du Grand conseil, ce qui revient à restaurer la république.
Machiavel lit le De natura rerum de Lucrèce (94-54 av. J.-C.), peut-être vers 1497. Dans cet ouvrage, il trouve une conception purement matérialiste de l’univers qui exclut l’idée d’un Dieu créateur. Le livre était considéré comme incitant à l’athéisme. Savonarole fait brûler tout ce qu’il juge contraire au christianisme, notamment des œuvres d’art lors des bûchers des vanités. Sandro Botticelli (1445-1510) aurait amené lui-même certaines de ses œuvres au bûcher.
Le 23 mai 1498, Savonarole est pendu et brûlé après son procès pour hérésie. Ses cendres sont dispersées dans l’Arno. Le 19 juin, Machiavel devient premier secrétaire de la seconde chancellerie, fonction que lui donne le Grand conseil. Sa tâche consiste à entretenir une correspondance avec tous les alliés de Florence. Entourés d’une équipe de jeunes gens, il va travailler pour la république jusqu’en 1512. Parmi les membres de son équipe se trouve Agostino Vespucci ( ?- ?), le frère d’Amerigo Vespucci (1454-1512) qui donnera son nom à l’Amérique (Patrick Boucheron, Un été avec Machiavel, p.38).
En 1500, Machiavel est en mission auprès du roi Louis XII (1462-1498-1515). Il est particulièrement maltraité par les ministres du puissant roi de France.
À l’été 1501, il épouse Marietta Corsini ( ?-1563) qui lui donnera quatre garçons et deux filles tout en supportant ses infidélités.
En 1502 ou plus tard, il rencontre Léonard de Vinci (1452-1519).
En 1504, Machiavel est à nouveau en mission auprès du roi Louis XII.
En 1509, Machiavel lève une milice civique selon le principe qu’il énoncera que : les meilleures armées qui soient sont celles des populations armées. »
En 1510, Machiavel est à nouveau en mission auprès du roi Louis XII.
En 1511, Machiavel est en mission pour la dernière fois auprès du roi Louis XII.
Le retour des Médicis en 1512, aidés par le roi de France Louis XII, signe sa disgrâce. Il se retrouve sur une liste comme complice de ceux qui se sont opposés aux Médicis. Il est arrêté, torturé.
Le 11 mars 1513, le jeune cardinal Jean de Médicis (1475-1521) est élu pape ; il prend le nom de Léon X. Une certaine clémence règne à Florence et Machiavel échappe à l’exécution à laquelle il était promis. Banni, il s’occupe de ses terres et lit de la poésie : Dante (1265-1321) ou Boccace (1313-1375). Il commence le Discours sur la première décade de Tite-Live (posthume). Il s’interrompt pour écrire Le Prince (posthume 1532). Il écrit à propos de cet ouvrage :
« Si on me lisait, on verrait que pendant les quinze ans où j’ai fait mon apprentissage dans le métier de l’État, je n’ai ni dormi ni joué. » (cité par Patrick Boucheron, Un été avec Machiavel, éditions les équateurs, France Inter, 2017, p.7).
Le texte est dédié à Laurent de Médicis, le jeune (1492-1519), à qui le pape Léon X a confié le pouvoir à Florence à l’été 1513. Pour saisir l’intention de l’ouvrage, on peut citer le début du chapitre 15 :
« Il reste à examiner comment un prince doit en user et se conduire, soit envers ses sujets, soit envers ses amis. Tant d’écrivains en ont parlé, que peut-être on me taxera de présomption si j’en parle encore ; d’autant plus qu’en traitant cette matière je vais m’écarter de la route commune. Mais, dans le dessein que j’ai d’écrire des choses utiles pour celui qui me lira, il m’a paru qu’il valait mieux m’arrêter à la réalité des choses que de me livrer à de vaines spéculations.
Bien des gens ont imaginé des républiques et des principautés telles qu’on n’en a jamais vu ni connu. Mais à quoi servent ces imaginations ? Il y a si loin de la manière dont on vit à celle dont on devrait vivre, qu’en n’étudiant que cette dernière on apprend plutôt à se ruiner qu’à se conserver ; et celui qui veut en tout et partout se montrer homme de bien ne peut manquer de périr au milieu de tant de méchants. »
Malgré l’écriture du Prince, Machiavel ne rentre pas en grâce. C’est le pape qui s’y oppose comme on le sait par une lettre qu’il adresse en ce sens à Julien de Médicis (1479-1516), le frère de Pierre l’infortuné.
En 1515, Machiavel connaît une passion amoureuse. Les 13 et 14 septembre, le jeune roi François 1er (1494-1515-1547) remporte la bataille de Marignan avec ses alliés vénitiens contre les milanais.
Il écrit une comédie, La mandragore, en 1518. Le thème en est la séduction de Lucrezia, la jeune épouse du vieux Nicia par un séducteur, Callimaque, qui est aidé par un conseiller rusé, Ligurio et un confesseur hypocrite, Timoteo.
Le 4 mai 1519 Laurent de Médicis le jeune meurt. C’est Jules de Médicis (1478-1534), cardinal et futur pape Clément VII, qui obtient le pouvoir avec l’aval du pape Léon X.
Sa comédie, La mandragore, est jouée à Florence en 1520. Le cardinal Jules de Médicis lui fait commander par l’académie florentine une Histoire de Florence qu’il commence en 1520 et achèvera en 1524. C’est un chef d’œuvre de duplicité en ce sens que Machiavel ne fait pas l’éloge des Médicis ni ne les blâme – car comment s’attaquer à son commanditaire – mais manifeste la conflictualité dans cette histoire. Machiavel peut rentrer à Florence. Il est désormais au service des Médicis.
Il publie son dialogue sur L’art de la guerre en 1521. Le premier décembre Léon X meurt.
Le 15 janvier 1522, le successeur de Léon X est élu : il s’agit du cardinal néerlandais Adriaan Florszoon (1459-1523) qui prend le nom d’Adrien VI.
Sa comédie La mandragore a un grand succès à Venise en 1522.
Le 14 septembre 1523, le pape Adrien VI meurt. Le 19 novembre, Jules de Médicis devient pape sous le nom de Clément VII.
Le 24 février 1525, Charles Quint (1500-1519-1558), prince de la maison des Habsbourg, héritier de la principauté de Bourgogne et du royaume de Naples, roi d’Espagne et empereur du Saint empire romain germanique bat à Pavie le roi de France, François 1er, qui est fait prisonnier.
Le 6 mai, les troupes impériales prennent Rome et la soumettent aux massacres et aux pillages. La nouvelle arrive à Florence le 12. Un soulèvement populaire conduit au rétablissement de la République. Machiavel meurt le 21 juin 1527. Il est inhumé le 22

En août 1531, le pape Clément VII accorde à l’éditeur Antonio Blado (1490-1567) le privilège d’imprimer l’œuvre de Machiavel.
En 1532 sont publiés El Principe (Le prince) dont le titre choisi par Machiavel était De Principatibus (Des principautés), le Discours sur la première décade de Tite-Live et l’Histoire de Florence.
En 1559, Machiavel est mis à l’Index, c’est-à-dire que l’église catholique interdit à tout bon catholique de lire son œuvre sous peine de péché mortel.
En 1576, Innocent Gentillet (1535-1588), avocat et théologien protestant, écrit un Discours sur les moyens de bien gouverner et maintenir en bonne paix un royaume ou autre principauté, divisé en trois parties, à savoir, du Conseil, de la Religion et de la Police que doit tenir un Prince. Contre Nicolas Machiavel, connu sous le nom d’Anti-Machiavel.
Le jésuite Giovani Botero (1544-1617) écrit De la raison d’État (Della ragion di stato) en 1589, puis en donne une version définitive en 1598. Il s’y oppose à Machiavel. C’est lui le véritable concepteur de cette notion qui signifie que l’État n’a pas d’autre fin de se conserver.
En 1787, une souscription publique permet de graver sur son sarcophage l’épitaphe suivante : « Aucun éloge n’est digne d’un si grand nom. »