mercredi 6 septembre 2017

Laïcité - chronologie

En France, jusqu’à la fin du XVIII°, le régime politique est une monarchie absolue de droit divin catholique. Depuis 1685, le protestantisme est interdit même si une certaine tolérance apparaît à la veille de la révolution. Quant aux juifs, ils sont tolérés. Ils ne sont pas français sauf exceptions. Il y a très peu de musulmans. Ils sont acceptés.
1789-1799 : Révolution française. La constitution civile du clergé du 12 juillet 1790 oblige les prêtres catholiques à prêter serment à la constitution. En mars et avril 1791, le pape Pie VI (1717-1775-1799) s’y oppose. Il invite les prêtres soit à ne pas prêter serment, soit à se rétracter. Le 27 septembre 1791, tous les juifs deviennent citoyens (ce qui était possible pour les musulmans). Le 22 septembre 1792, proclamation de la République. Le 21 janvier 1793, Louis XVI (1754-1774-1793) est guillotiné. La constitution de 1795 précise dans son article 354 : « Nul ne peut être empêché d’exercer, en se conformant aux lois, le culte qu’il a choisi. – Nul ne peut être forcé de contribuer aux dépenses d’un culte. La République n’en salarie aucun. »
1799-1815 : coup d’État de Bonaparte (1769-1821) le 18 Brumaire (9 novembre) puis Napoléon 1er, le 2 décembre 1804. En 1801, il instaure le concordat avec l’Église catholique (considérée comme la « religion de la majorité des citoyens ») puis avec les Églises protestantes (1802) puis avec les autorités juives (1808). L’État rémunère les prêtres. Après les défaites de l’armée française face aux États européens coalisés, Napoléon 1er est exilé en avril 1814 sur l’île d’Elbe. Louis XVIII (1755-1814-1824) restaure la monarchie. Napoléon 1er reprend le pouvoir en débarquant en France le 1er mars 1815 et perd le pouvoir après la défaite de Waterloo le 18 juin et est exilé sur l’île de Sainte-Hélène.
1815-1830 : la Restauration avec Louis XVIII puis Charles X (1757-1836). Elle s’achève par la révolution dite des Trois glorieuses (27, 28 et 29 juillet). Durant cette période, le catholicisme redevient religion d’État. L’Église a la mainmise sur l’enseignement. La liberté de culte est préservée pour les protestants et les juifs. Toutefois, il y a de nombreuses poursuites policières pour les cultes jugées illicites.
1830-1848 : la monarchie de Juillet avec Louis-Philippe (1773-1830-1848-1850). Elle demeure favorable au catholicisme même s’il n’est plus religion d’État.
1848-1851 : la IIème république est proclamée le 24 février par un petit groupe de républicains dont fait partie le catalan François Arago (1786-1853). Le 10 mars, un décret conduit à la libération de tous les détenus pour faits de religion. La constitution du 4 novembre 1848 qui mentionne dans son préambule qu’elle est proclamée « En présence de Dieu … » proclame dans son article 7 que « Chacun professe librement sa religion, et reçoit de l’Etat, pour l’exercice de son culte, une égale protection. – Les ministres, soit des cultes actuellement reconnus par la loi, soit de ceux qui seraient reconnus à l’avenir, ont le droit de recevoir un traitement de l’État. » Le concordat est toutefois maintenu.
1851-1870 : le 2 décembre 1851, le président de la république (qui avait été élu au suffrage universel masculin le 20 décembre 1848) Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873), commet un coup d’État. Le 2 décembre 1852, il devient empereur sous le nom de Napoléon III : c’est le IIème empire. L’Église catholique est d’abord favorisée. Toutefois, l’enseignement public commence à s’organiser. Un anticlérical, Victor Duruy (1811-1894), est ministre de l’instruction publique de 1863 à 1869.
1870-1940 : la guerre franco-prussienne commencée le 19 juillet 1870 conduit à la reddition de Napoléon III aux prussiens après la défaite de Sedan le 1er septembre. Les parisien proclament la république le 4 septembre et la guerre continue, sans succès. L’armistice est signé le 26 janvier 1871. Après l’élection d’une première assemblée nationale le 8 février, commence la troisième république. Pendant la Commune de Paris (10 mars-20 mai 1871), le principe de la séparation de l’Église et de l’État est affirmé. En1880, Jules Ferry (1832-1893) enlève aux congrégations religieuses l’enseignement supérieur. De 1881 à 1886, une série de lois rend l’enseignement primaire public, gratuit, obligatoire et laïc.
1905 : loi de séparation de l’Église et de l’État.
1940-1944 : régime de Vichy. Des lois antisémites rompent avec la neutralité de l’État français. L’Église catholique est favorisée. Le régime de Vichy participe activement à la déportation des juifs vers les camps de la mort.
1946-1958 : la constitution de la IVème république adoptée par référendum le 13 octobre 1946 énonce en son article 1 que « La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale ».
1958 : Vème république. Sa constitution est adoptée le 28 septembre. Son article premier énonce que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »




jeudi 27 juillet 2017

Descartes, biographie

René Descartes est né le 31 mars 1596 à La Haye (devenue La Haye-Descartes en 1802, puis Descartes en 1967), près de Tours. Son père, Joachim Descartes (1563-1640), juriste, est conseiller du roi au Parlement de Bretagne. Il appartient à la noblesse de robe. Sa mère, Jeanne Brochard (1566-1597) appartient au même milieu.
Le 13 mai 1597, sa mère meurt. Elle avait mis au monde avant lui Jeanne (1590 ?-1640) et Pierre (1591-1660).
En 1600, son père se remarie et s’établit en Bretagne. Descartes est élevé par sa grand-mère jusqu’à l’âge de 10 ans.
En 1607, il est admis au collège des jésuites de La Flèche qui a été fondé en 1604 par Henri IV (1553-1589-1610). Comme il est de santé fragile, il a droit à un régime particulier qui sera le sien toute sa vie. Il reste au lit toute la matinée pour lire et réfléchir.
En mars 1610 Galilée (1564-1642) publie ses découvertes astronomiques effectuées grâce à la lunette qu’il a perfectionnée en 1609, à savoir que Jupiter possède quatre satellites, que la voie lactée est en réalité composée d’étoiles et que la lune possède des montagnes, des lacs et … une atmosphère dans un ouvrage intitulé Sidereus Nuncius (Le messager des étoiles ou Le messager céleste). Le 14 mai, Henri IV est assassiné par Ravaillac. Ce dernier est exécuté le 27 mai. Le cœur du roi est transféré au collège de la Flèche.
En 1611 on fête au collège de La Flèche les découvertes de Galilée.
En 1615, il quitte le collège.
En 1616 il obtient son baccalauréat et sa licence en droit à Poitiers.
En 1618, il s’engage dans l’armée du protestant Maurice de Nassau (1567-1625), stathouder de Hollande. Le 10 novembre, il rencontre à Breda Isaac Beeckman (1588-1637), un savant hollandais qui cherche à mathématiser la physique. Il fait découvrir à Descartes le mécanisme. Le 31 décembre, Descartes offre à Beeckman le Compendium Musicæ (Abrégé de Musique).
En 1619 il part pour l’Allemagne. Il assiste au couronnement de l’empereur Ferdinand II (1578-1637) à Francfort le 9 septembre. Il a l’idée de refonder le savoir qui lui serait venu dans la nuit du 10 au 11 mai, à travers trois songes recueillis dans les Olympica qui ne sont connus que par la traduction d’Adrien Baillet (1649-1706) dans la Vie de Monsieur Descartes (1691).
De 1620 à 1625, il voyage en France et en Italie. Les textes qu’il écrit sont inconnus.
À partir de 1625, il séjourne à Paris où il fréquente le révérend père Marin Mersenne (1588-1648), savant en liaison avec toute l’Europe savante, le père Guillaume Gibieuf (1583-1650), Claude Mydorge (1585-1647) qui travaille sur l’optique, l’écrivain libertin Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654).
En novembre 1627, Descartes assiste à une conférence de Nicolas Villiers[1], sieur de Chandoux (un alchimiste qui sera pendu pour avoir fabriqué de la fausse monnaie en 1631) chez le nonce du pape, le cardinal Giovanni Francesco Guidi di Bagno (1578-1641), à laquelle assiste Mersenne. Chandoux prétendait remplacer la philosophie scolastique par une autre philosophie. Descartes réfuta ce dernier tout en critiquant la scolastique. Il est encouragé par le cardinal Pierre de Bérulle (1575-1529).
Où placer ses Règles pour la direction de l’esprit, ouvrage inachevé qui ne sera publié qu’après sa mort ? Il s’agit de la première mise en œuvre approfondie de son projet de réforme total du savoir du point de vue de la méthode.
Pendant l’hiver 1628/1629, il se retire à Franeker en Frise (Pays-Bas) où il travaille à sa métaphysique dont l’état nous est inconnu.
À l’automne 1629, il s’installe à Amsterdam. Il dira dans une lettre à Guez de Balzac datée du 5 mai 1631 qu’on y est plus seul que dans un couvent. Il commence à y rédiger sa « Physique », à savoir le Traité du monde (posthume 1664) et le Traité de l’homme (posthume 1664).
En 1630, il rencontre le mathématicien Jacob van Gool (ou Golius) (1596-1667). Ce savant arabisant, parlant également turc et persan, avait ramené plus de 200 manuscrits de ses séjours dans le monde musulman. Il succéda à Willebrord Snell (1580-1626) à la chaire de mathématiques de l’université de Leyde et occupa également une chaire d’arabe. Lui a-t-il montré les travaux de Snell sur la réfraction ou lui a-t-il communiqué des traductions de manuscrits arabes ? Il propose le problème de Pappus (IV° ap. J.-C.) à Descartes. Ce problème peut se formuler de la façon suivant : il s’agit de la recherche du lieu géométrique d’un point C tel que : soit le produit des distances de C à deux d’entre elles soit égal au produit des distances de C aux deux autres droites ; soit le produit des distances de C à deux d’entre elles soit égal au carré du produit des distances de C à la troisième droite.
Dans l’hiver 1631/1632, Descartes trouve la solution du problème de Pappus.
En février 1632, Galilée publie, en italien, ses Dialogues sur les deux plus grands systèmes du monde. Le pape Urbain VIII (1568-1623-1644) l’avait autorisé à publier un ouvrage où les deux hypothèses astronomiques concurrentes, l’hypothèse géocentrique d’Aristote (384-322 av. J.-C.) et Claude Ptolémée (100-168) et l’hypothèse héliocentrique que Copernic (1473-1543)  en 1543 avait remise au goût du jour (Aristarque de Samos l’avait soutenu au IIIème siècle av. J.-C.). Salviati, qui défend l’hypothèse de Copernic, convainc facilement Sagredo, un vénitien sans préjugé alors que Simplicio, qui soutient l’hypothèse géocentrique, est aussi ridicule que son nom.
De février 1633 au 21 juin, Galilée comparaît devant le Saint Office de l’inquisition. Le 22 juin, il abjure la croyance fausse (aux yeux de l’Église) des mouvements de la Terre autour d’elle-même et autour du Soleil. Apprenant la nouvelle, Descartes renonce à publier le Traité du monde et le Traité de l’homme comme il l’expliquera publiquement au début de la VI° partie du Discours de la méthode.
Le 19 juillet 1635 naît sa fille Francine. Sa mère, Helena Jans van der Strom ( ?-1683) est une servante du libraire Thomas Sergeant (1585- ?) chez qui Descartes résidait[2].
En 1636, Descartes s’installe à Leyde. Il y achève le Discours de la méthode et les Essais, Dioptrique, Météores et Géométrie.
En juin 1637, il publie de façon anonyme le Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences plus la Dioptrique, les Météores et la Géométrie qui sont des essais de cette méthode. Le 5 octobre, il envoie au père du physicien néerlandais Christian Huygens (1629-1695), Constantin Huygens (1596-1687), son Explication des engins par l’aide desquels on peut, avec une petite force, lever un fardeau fort pesant.
À partir de 1639, Descartes s’attelle à la rédaction des Méditations métaphysiques.
En octobre 1640, son père meurt. Le 18 novembre, Mersenne qui a reçu le manuscrit des Méditations métaphysiques, recueille les objections de divers philosophes et théologiens.
En mars 1641, Descartes s’installe à Endegeest près de Leyde. En août, paraît la première édition des Méditations métaphysiques sous le titre Renati Descartes Meditationes de prima philosophia in qua Dei existentia et anima immortalitas demonstratur avec six séries d’objections et les réponses de l’auteur. Les premières sont du théologien néerlandais Johan Caterus (1590-1657), les secondes de Mersenne, les troisièmes du philosophe anglais Thomas Hobbes (1588-1679), les quatrièmes du théologien janséniste Antoine Arnauld (1612-1694), les cinquièmes du théologien et philosophe épicurien Pierre Gassendi (1592-1655) et les sixièmes d’un ensemble de théologiens et philosophes. Le 7 septembre, sa fille Francine meurt.
En 1642, Descartes soutient Regius (Hendrik De Roy, nom latinisé en Henricus Regius, 1598-1679), professeur de médecine, contre le théologien réformé Voetius (Gijsbert Voet, dit Gisbertus Voetius, 1589-1676), recteur de l’Université d’Utrecht qui l’accusait d’athéisme à cause de son cartésianisme. Le 15 mars, les magistrats d’Utrecht condamnent la philosophie cartésienne. C’est ce qu’on appelle la « querelle d’Utrecht ». En mai paraît la deuxième édition des Méditations métaphysiques. Son titre est Renati Descartes Meditationes de prima philosophia in quibus Dei existentia et animæ humanæ a corpore distinctio demonstratur. Elle est augmentée d’une septième série d’objections et réponses et d’une lettre au père Dinet sur la polémique avec Voetius.
En avril 1643, Descartes quitte Endegeest, près de Leyde. Il séjourne à Egmond. La querelle d’Utrecht se poursuit. Marten Schoock (1614-1669), partisan de Voetius, publie l’Admiranda methodus novæ philosophiæ Renati Des Cartes. Dans ce pamphlet, il attaque Descartes jusque dans sa vie privée. En réalité, il dira ultérieurement que Voetius est l’auteur de l’essentiel de l’ouvrage. Le 16 mai la princesse Elisabeth de Bohème (1618-1880), réformée, envoie une première lettre à Descartes qui pose notamment le problème de l’union de l’âme et du corps et qui ouvre une longue correspondance.
Le 4 mai 1644, Descartes est témoin au mariage d’Helena Jans van der Strom. Descartes revient en France. Paraît l’édition latine des Principes de la philosophie (Principia philosophiæ) à Amsterdam ainsi que la traduction latine par le pasteur protestant Etienne de Courcelles (1586-1659), revue et corrigée par Descartes du Discours de la méthode, de la Dioptrique et des Météores.
En 1645, Descartes revient à Egmond aux Pays-Bas. Sa correspondance avec Elisabeth le conduit à entreprendre un traité sur les passions.
En 1646, Regius publie un De l’Homme (De Homine) et les Fondements de la physique (Fundamenta physices) qui critiquent Descartes sur la question de l’union de l’âme et du corps et sur celle des preuves de l’existence de Dieu.
En 1647 paraît la traduction française des Méditations métaphysiques traduites par Louis-Charles d’Albert duc de Luynes (1620-1690) et les objections et réponses traduites par Claude Clerselier (1614-1684) ainsi que la traduction par l’abbé Claude Picot (1614-1668) des Principes de la philosophie. Il commence la Description du corps humain qui restera inachevée. Il réplique à son ancien disciple, Regius dans les Notæ in programma quoddam (Notes sur un certain manifeste) ou Remarques sur l’explication de l’esprit humain.
En 1648, il écrit une Lettre apologétique aux magistrats d’Utrecht. Regius répond à Descartes avec sa Brève explication de l’esprit humain (Brevis explication mentis humanæ). Le 1er septembre, Marin Mersenne meurt. Le 16 avril a lieu l’entretien avec Frans Burman, un étudiant en théologie néerlandais.
En septembre 1649, Descartes se rend à Stockholm, en Suède, à l’invitation de la reine Christine de Suède. En novembre, le Traité des Passions de l’âme est publié à Paris ainsi que la traduction latine de la Géométrie par le mathématicien néerlandais Frans van Schooten (1615-1660) à Leyde.
Le 11 février 1650, Descartes meurt à Stockholm d’une pneumonie.





[1] Cf. Bernard Joly, « Compte rendu de Nicolas de Villiers, sieur de Chandoux, Lettres sur l’or potable, suivies du traité De la connaissance des vrais principes de la nature et des mélanges et de fragments d’un Commentaire sur l’Amphithéâtre de la sapience éternelle de Khunrath », Methodos [En ligne], 14 | 2014, mis en ligne le 05 mai 2014. URL : http://methodos.revues.org/4024
[2] cf. Bulletin cartésien XXXI, III. « Quelques données nouvelles sur Helena Jans », par Jeroen van de Ven.

lundi 24 juillet 2017

Descartes contre les cyniques

Art. 204. De la gloire.
Ce que j’appelle ici du nom de gloire est une espèce de joie fondée sur l’amour qu’on a pour soi-même, et qui vient de l’opinion ou de l’espérance qu’on a d’être loué par quelques autres. Ainsi elle est différente de la satisfaction intérieure qui vient de l’opinion qu’on a d’avoir fait quelque bonne action. Car on est quelquefois loué pour des choses qu’on ne croit point être bonnes, et blâmé́ pour celles qu’on croit être meilleures. Mais elles sont l’une et l’autre des espèces de l’estime qu’on fait de soi-même, aussi bien que des espèces de joie. Car c’est un sujet pour s’estimer que de voir qu’on est estimé par les autres.
Art. 205. De la honte.
La honte, au contraire, est une espèce de tristesse fondée aussi sur l’amour de soi-même, et qui vient de l’opinion ou de la crainte qu’on a d’être blâmé́. Elle est, outre cela, une espèce de modestie ou d’humilité́ et défiance de soi-même. Car, lorsqu’on s’estime si fort qu’on ne se peut imaginer d’être méprisé́ par personne, on ne peut pas aisément être honteux.
Art. 206. De l’usage de ces deux passions.
Or la gloire et la honte ont même usage en ce qu’elles (483) nous incitent à la vertu, l’une par l’espérance, l’autre par la crainte. Il est seulement besoin d’instruire son jugement touchant ce qui est véritablement digne de blâme ou de louange, afin de n’être pas honteux de bien faire, et ne tirer point de vanité́ de ses vices, ainsi qu’il arrive à plusieurs. Mais il n’est pas bon de se dépouiller entièrement de ces passions, ainsi que faisaient autrefois les cyniques. Car, encore que le peuple juge très mal, toutefois, à cause que nous ne pouvons vivre sans lui, et qu’il nous importe d’en être estimés, nous devons souvent suivre ses opinions plutôt que les nôtres, touchant l’extérieur de nos actions.
Descartes, Les passions de l’âme (1649), AT, XI, 482-483.